Ils ont pris pour nom de scène le titre d’un morceau du groupe irlandais Them et se nourrissent de leur style rock et rhythm and blues. Ils écoutent les Stones, évidemment. Au foyer de Saint-Hilaire-Saint-Florent où ils répètent, les quatre jeunes musiciens bricolent leur matériel pour que leur son ressemble à quelque chose. Les guitares de Jean-Pierre Auger, de Gilles Beaulieu et de Dominique Lorillard ne sont pas encore des marques de légende. Jacques Retailleau est au chant et à l’harmonica, et il pratique la batterie avec un assemblage hétéroclite de vieilles cymbales et d’une caisse claire de fanfare. Qu’importe, l’objectif est de monter sur la scène et la première se déroule le 16 septembre 1966 à la salle Jeanne d’Arc de Saint-Hilaire-Saint-Florent pour la Super-boom 66. Le journaliste du Courrier de l’Ouest relate la prestation sur un ton résigné : Que l’on aime ou pas le jerk, tout cela est affaire de goût, mais il faut dire que la formation a su créer une ambiance à nulle autre pareille, fracassante pour les yeux comme pour les oreilles. Puis Mystic Eyes enquille le week-end suivant dans la salle Bouvet de la même commune pour la dansante Nuit du jerk. Le journaliste finit par l’admettre : la jeune formation fait beaucoup parler d’elle actuellement et elle a mis au point un répertoire très complet d’une très grande intensité musicale, c’est le moins qu’on puisse dire… Cheveux longs ou cheveux courts, tout ceci est question de goût ou de mode, mais le «jerk», lui, à une grande place au soleil actuellement. Le public des jeunes, plus exalté que le journaliste, en redemande. On comprend pourquoi, face à ce succès, Mystic Eyes est invité en octobre par l’orchestre de bal réputé de Lionel Raffault pour participer au gala de la Nuit du cyclisme.

À force de répétitions, l’orchestre (on ne dit pas encore groupe) sera invité en première partie d’un concert à Cholet l’année suivante. Les galères de tournée commencent, la petite équipe prend le car le dimanche matin mais comme le concert dure tard le soir, elle doit rentrer en taxi. Le cachet y passe. Gilles Beaulieu et Dominique Lorillard devront quitter Saumur. Leur départ mettra fin au groupe en 1967, mais Jean-Pierre Auger et Jacques Retailleau n’ont pas dit leur dernier mot.



