1967

La génération des orchestres d’après-guerre s’efface doucement. De nouveaux orchestres apparaissent, s’électrifient, s’amplifient en continuant de s’adapter aux goûts du public. Ils passent aisément, en une soirée, de la variété française aux tubes provenant des US, tout en conservant les grands classiques du bal à papa.

Gil-Bert’s Jeandson et Lionel Raffault

Gil'bert Jeandson à la fin des années 60. Gilbert Verneau est au centre, à la droite de Gilles Gouin. Philippe Rigaud est tout à gauche. Coll. Philippe Rigaud.
Publicité dans le programme du défilé fleuri 1965. Lionel Raffault a installé son magasin rue Saint-Jean à la place de celui des vêtements à la mode Jean Bart qui s’est déplacé place Bilange. Archives Saumur Val de Loire.

Les deux orchestres apparaissent dans les mêmes années. Le jeune Chacéen Gilbert Verneau voit grand et un nom d’orchestre à la hauteur de son ambition, mêlant consonance française et sonorité anglo-saxonne que la presse peine à transcrire pour l’une des premières apparitions de l’orchestre à Saint-Cyr-en-Bourg, en avril 1964 : Gil «Bert» Jan’d Son. Elle saura rapidement l’écrire correctement tant la bande à Gilbert deviendra ensuite une institution locale. De son côté, Lionel Raffault, qui tient le magasin d’instruments de musique Au Point d’Orgue rue Saint-Jean, fait plus simple et mise sur son nom pour lancer son propre orchestre. Il faut dire qu’il est déjà largement connu dans la région, et même au-delà puisqu’il fut l’un des accordéonistes des disques Daems et la vedette de l’orchestre Mickely. On verra au fil des ans Lionel Raffault développer son identité musicale par la présence de deux chanteuses qui non seulement utilisent leur voix mais aussi très bien leur corps pour danser.

Coll. Manuel Decker.

Ci-dessous : Ballade d’automne (Fernand Faidherbe) interprété par Lionel Raffault et son ensemble, disques Daems, extrait du super 45T, 1962.

 

Affiche. Coll. Philippe Rigaud.

Avec ces deux formations qui chaque week-end sillonnent la région en tous sens, on peut aussi citer l’orchestre Dany Beyra de Claude Brenet (Saint-Clément-des-Levées), ou celui de Roger Tremblay (Eddy Morgan, prononcé Morgan à la française, comme pour Michèle) et de Guy Moreau qui, comme les deux premiers, ont bien compris que le public mélangé des bals d’après-guerre s’est progressivement coupé en deux : les plus âgés veulent danser sur les valses de leur jeunesse tandis que les plus jeunes demandent un répertoire de leur temps. Chaque orchestre a son propre état d’esprit, ses couleurs sonores, ses saveurs scéniques initiés par le chef. Il ne se définit pas comme un groupe au sens musical du terme et si les musiciens passent parfois plusieurs années de suite dans la même formation, ils en changent au gré des humeurs, des affinités humaines et musicales, pour des remplacements, et suivant le montant du cachet. Ainsi, Gilles Gouin, batteur et percussionniste chez Gil-Bert’s Jeandson le sera ensuite chez Lionel Raffault. Les orchestres sont des entreprises privées, parfaitement intégrées dans le tissus économique et social local. Contre un prix d’entrée, leur rôle est d’assurer une prestation attendue et de qualité, comme toute entreprise artisanale. À ce titre, il n’est que très rarement question de leur fonctionnement dans la presse. Leur présence se limite aux annonces de bals publiées en fin de semaine. Il n’en reste pas moins que ces entreprises ont, comme les forains, la fonction culturelle et sociale d’agrémenter le temps de loisir, de rassembler, de susciter des rencontres en tous genres, amicales ou amoureuses. Leur présence offre du plaisir et cuisine du rêve.

 

The Bridge

Au départ, l’orchestre se nommait Skylines puis il prend le nom de The bridge en 1967. Il est composé d’Alain Steeve Benavente à la guitare, de Jean-Pierre Peter Gallais à l’autre guitare, de Gilbert Tony Régnier à la basse, de Gustave Tatave Baillot à la batterie (achetée à crédit chez Raffault), et de Jean-Paul Ringo Rousseau au chant. C’est dans cet ordre qu’on peut les voir sur la photo ci-dessus prise dans le quartier de Nantilly. Jean-Marc Marco Rozeau s’occupe de la partie technique. The Bridge fait l’une de ses premières apparitions au foyer de l’École du Fort en décembre 1967. Son répertoire n’est pas aussi anglo-saxon que celui des jeunes musiciens Florentais. La formation, plutôt située dans le quartier des Chapes Noires, interprète des chansons de Johnny, d’Hugues Aufray, ou d’Antoine. Ce qui n’empêchera pas The Bridge de participer au premier petit festival de pop-music en début d’année suivante à Saint-Hilaire-Saint-Florent.

The Bridge au foyer de l’école du Fort. Coll. Jean-Paul Rousseau.

The Bridge est un exemple parmi tant d’autres de ces orchestres de jeunes qui ne dureront que deux ou trois ans. Le plus compliqué, pour continuer de pratiquer la musique en formation et maintenir son unité dans un univers quasi exclusivement masculin, est de voir partir un à un les copains musiciens au service national. Pendant la guerre d’Algérie (1954-1962), certains sont rappelées et d’autres maintenus sous les drapeaux jusqu’à 30 mois. Il faut attendre la loi Messmer de 1965 pour que le service national passe à 16 mois et 1970 à 12 mois. L’un quittait Saumur, il fallait lui trouver un remplaçant à la batterie, un autre le suivait, il fallait un nouveau guitariste. Parfois un autre encore partait suivre des études, revenait sur Saumur le week-end, puis de moins en moins souvent. La période des bandes de copains musiciens finissait souvent à 19 ans quand la pression sociale ramenait tout le monde à la réalité. Après le service, il fallait aller bosser, et puis fonder un foyer. Certains continuèrent la musique, d’autres abandonnèrent, mais pour la plupart, leur jeunesse n’avait duré que trois ou quatre ans.   

Psychedelic !

Carte de visite. Coll. Jacky Voyer.

La fin des années 60 est psychédélique, à Saumur aussi, à Saint-Hilaire-Saint-Florent d’abord. Le tandem Jean-Pierre Auger et Patrice Deniau organise, le 16 septembre 1967 à la salle Bouvet de Saint-Hilaire une Nuit du jerk psychedelic avec des groupes locaux en formation. De son côté, Jacky Voyer, qui a découvert la guitare en 1965 grâce à des clients de l’hôtel-restaurant Robinson de son père, à Villebernier, décide de se lancer dans la musique avec Patrick Breheret à la batterie, Bernard Prud’homme, Patrick Le Callet et Michel Rivet. Avant de rejoindre l’orchestre de bal de Guy Moreau puis Les Stevens de Tours, il tente The Galaxie’s. L’ambiance est Jet-club ce qui suppose une certaine distinction tout en jouant un son psychedelic. L’apparition des orgues électriques, des longs solos de guitare, des rythmes répétitifs (et de substances qui font planer certains musiciens) commence à transformer une musique destinée à danser en une musique faite aussi pour rêver. Il faut noter que Jacky Voyer continuera toujours à jouer de la guitare, transmettra sa passion à son fils Wilfried Voyer, qui lui-même la passera à sa fille. Trois générations tendance guitare manouche encore en activité !

 

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    Le Palais du pharaon

    Le Palais du Pharaon, à Saint-Lambert-des-Levées, était un haut lieu des bals et fêtes sur Saumur nord depuis 1906 et jusqu’en 1966. L’entrée se faisait au niveau de la levée, face à la mairie. La salle était en contrebas sur 300 mètres carrés de parquet et entourée de balcons d’où les mères et autres chaperons pouvaient surveiller leurs filles qui dansaient. Eloi Pharaon (son vrai nom), le créateur des lieux, était aussi batteur dans l’orchestre des lieux dans les années 30. Photos prises juste avant sa destruction en 1984. CO / Archives SVL 30Z35.