Un OVNI se pose en plein centre de Saumur, la MJC. Les extra-terrestres qui en sortent sont des guitaristes à textes, des poètes à guitare et des musiciens expérimentaux. Angoisse ou jubilation sur la ville.
En janvier 1970, la Maison des Jeunes et de la Culture construite place Verdun entame sa première et entière saison d’activités. Elle compte déjà près de 500 adhérents et s’oriente surtout vers le sport. Côté musique, il n’est prévu ni cours, ni représentations, juste une première piste : la soirée cabaret. La MJC se fait un devoir de lutter contre la consommation culturelle de masse, contre l’idolâtrie, démystifier Claude François résume-t-elle. Pour la première rencontre cabaret, il n’y a pas mystification, pas de débauche de décibels, mais des accords de guitare sèche et des paroles ciselées. Parmi les auteurs compositeurs et poètes angevins invités, figure un jeune Saumurois qui avait déjà chanté devant un public au théâtre quatre ans plus tôt, Jean-Louis Grelier.
Dessin de façade du projet de la MJC, 1967, Yann Frioux. Cabinet d’architecture Chudeau-Frioux. Archives SVL (4M109)
Les années fastes du folk
MJC, novembre 1969. Photo André Musso.
La Maison des Jeunes et de la Culture s’installe à Saumur tardivement par rapport à d’autres villes. Petite cité tranquille sans industrie, dirigée par des municipalités centristes, elle semble mal à l’aise avec cette innovation, s’inquiète de voir sa jeunesse prise en charge par une organisation perçue comme « révolutionnaire ». En 1964, la Ville avait chargé la Jeune Chambre Économique d’effectuer une enquête auprès des 15-20 ans. Distribué à 3000 exemplaires, le formulaire avait recueilli 1000 réponses, et parmi celles-ci, 50% demandaient une discothèque (au sens, à l’époque, de la possibilité d’écouter des disques), et 35 % un club de guitare. Les ateliers de bricolage, de céramique, de couture, de danse et de dessin venaient largement après. On constate donc l’intérêt de la jeunesse pour la musique. La réponse de la MJC sera, au départ, surtout orientée vers les activités de danse et musique folkloriques car elles ont l’avantage d’associer jeunes et moins jeunes, filles et garçons, avec les objectifs de l’éducation populaire. Il ne s’agit pas d’un folklore identitaire renvoyant à des souvenirs idéalisés et répétés du passé local, mais d’un folklore adapté aux questionnements contemporains et largement ouvert sur le monde, une sorte de folklore internationaliste qui met en avant la connaissance des civilisations et promeut un métissage culturel avant l’heure.
Un festival percussif
Patrick Guillot et Gilles Gouin en pleine répétition, 1970. Photo André Musso.
À la fin de l’année 1970, la MJC organise sur plusieurs jours son premier festival d’art contemporain, entre ses murs, dans le centre ville, et jusqu’au Chemin-Vert : théâtre de rue, expo artistique du groupe ARPE (dont fait partie l’un des architectes de la MJC Yann Frioux) et improvisation musicale sont proposés à un public curieux, admiratif ou dubitatif. L’un des deux musiciens qui improvisent avec leurs percussions sous les projections lumineuses de Jean-Yves Noblet, n’est autre que l’adolescent qui tenait la batterie dans The Rangers. Six ans plus tard, Gilles Gouin avec sa barbe et son costume clair, devient avec le second percussionniste Patrick Guillot, le chantre de l’expression contemporaine. Fulgurante et sacrée trajectoire ! En juin 1971, la MJC invite au théâtre municipal le groupe folklorique d’Amérique du Sud Los Koyas. Les ponchos, les flûtes et les bonnets péruviens sont à la mode, mais la fréquentation est faible. Au départ, la MJC a beaucoup de difficultés, manque à la fois de personnel et de budget. Comble de malchance, deux cambriolages priveront les lieux pendant plusieurs mois de disques et de matériel de diffusion. Des chanteurs et chanteuses sont invités pour la qualité de leurs textes et leur adéquation aux valeurs des MJC, Marc Ogeret en février 1972 par exemple, mais la mise en place de cette Maison pour tous est loin d’être simple et gagnée. Il faut proposer aux jeunes des musiques moins évidentes sans les couper, au risque de les perdre, de leurs goûts générationnels, c’est pourquoi la MJC projettera en mai 1976 deux films sur la place Verdun, l’un sur Jimi Hendrix et l’autre sur Jim Morrison qui rassembleront chacun une grosse centaine de spectateurs. La MJC, dont le rôle devient essentiel au cours des années 70, sortira souvent de ses murs et investira le centre ville et le théâtre, notamment avec la manifestation annuelle Festimasq (1979-1983) où se produiront des formations musicales locales et elle ira jusqu’à organiser le concert de Starshooter à la salle Beaurepaire en octobre 1978, tandis que la Ville n’a encore pas de service culturel municipal.
Premier festival d’art contemporain à la MJC. Coll. Michel Goumettaud.Affiche. Archives SVL 41 Fi 76.
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Ils sont passés par ici
Serge Kerval
À Saumur, en 1970, il est l’un des invités des galas gratuits de l’été sur l’esplanade du théâtre. Ce spécialiste de reprises des chansons des provinces de France remporte un beau succès. Les aînés s’enthousiasmaient de renouer avec la tradition note la presse.
Les Compagnons de la Chanson
Le groupe vocal, fondé dans les années 40, revient au théâtre, ça n’étonne plus personne, le 5 mai 1971.
À Doué-la-Fontaine
En août 1970, Nana Mouskouri, avec ses déjà légendaires lunettes, séduit le public des concerts de l’été. L’année suivante, c’est Nicoletta et Alain Barrière qui font le spectacle.
Ça se passe par là
Le Mille-club
Les Mille-Club sont issus d’une commande de l’État Français, à l’initiative du Ministre des sports François Missoffe, sous le gouvernement Georges Pompidou de 1966 à 1968. Il organise une vaste réflexion qui se traduit en 1968 par la publication d’un Livre Blanc qu’il entend comme des États généraux des besoins de la jeunesse. La construction de la salle Mille-club, avec la participation essentielle des jeunes, s’achève en 1970 aux Chapes Noires, près du stade du Clos-Coutard. Beaucoup s’étonnent de cette sorte de doublon avec la toute
La salle Mille-club des Chapes Noires. Archives SVL.
récente MJC et les jeunes du quartier ne sont pas tous motivés. Il y a des problèmes avec les filles et les locaux sont régulièrement dégradés. Malgré tout, quelques musiciens dont Christian Collange, jeune secrétaire adjoint au foyer, peuvent y répéter et proposeront, en mars 1973, une virée à Courchamps où ils organisent un concert à la salle des fêtes. Un bus partira des Chapes Noires et emmènera le public vers la campagne.