1972

Les bals ne sont pas que des réunions de danseurs et de danseuses, d’amateurs de musique, ou des lieux de rencontre. Ils sont aussi parfois le rendez-vous de bandes rivales et, en fin de soirée, le terrain des castagneurs.

Delirium Tremens

Delirium Tremens en mai 1972 à la salle des fêtes de Saint-Cyr-en-Bourg. Aux guitares Pierre Creet et Christian Siquier, au chant Labastie et à la batterie Hervé Le Nevanen. Coll. Pierre Creet.

Les musiciens Creet, Siquier, Labastie et Le Nevanen se sont rencontrés au lycée d’état. Pierre Pierrot Creet ne prétend pas être un grand bassiste, mais il ne vit que pour la musique, vénérant son idole Éric Clapton. L’orchestre Delirium Tremens joue dans les caves, que ce soit dans l’une de la rue du Maréchal-Leclerc ou dans un troglo du côté de Montsoreau. Il loue aussi des salles des fêtes de petites communes alentour, celles qui sont les plus disponibles et les moins chères. Pierrot vit cette époque avec une forme de nonchalance, et ce n’est pas pour rien que son ami et guitariste Christian Siquier lui offre un T-shirt où il est écrit I’m a cool dude (je suis un mec cool) et qu’il portera souvent sur scène. Cette ambiance de bons copains et de musique planante ne doit pas faire oublier la rugosité des soirées de ces années-là. 

Selon les chiffres de la gendarmerie, sur environ quatre cents bals organisés par an dans l’arrondissement de Saumur, elle interviendra seize fois en 1975. Sinon, elle fait des tournées et des contrôles sur les routes près des lieux de fêtes entre 1 heure et 3 heures du matin. Gilbert Verneau, chef d’orchestre de Gil-Bert’s Jeandson, l’admet : Nous avons une étiquette d’orchestre à bagarre, parce que nous suivons l’évolution de la musique alors nous augmentons notre clientèle avec des jeunes. Les bagarreurs sont très peu nombreux, cela commence par un type un peu trop pris de boisson, une parole en trop, l’ambiance s’électrise, le coup de poing part. Ils commencent à me connaître et à me craindre. Je les ai amadoués plusieurs fois, et quand ils agissent, j’interromps l’orchestre et j’interviens pour les foutre dehors1. Pierre Creet le confirme : il y avait une dizaine de bandes dans Saumur et autour et c’était parfois assez chaud ! Les bagarres se déroulent souvent du côté d’Allonnes et de Longué, mais Il y a un bal à Saumur où l’on est sûr de la tranquillité, c’est La nuit de la Jeanne d’Arc Rugby. Les solides trois-quarts ailes veillent, précise Gilbert Verneau.

1 Dans Le Courrier de l’Ouest du 22 janvier 1976. Enquête de C. Desbois, Y. Durand, E. Charbonneau.

Les débuts de Stone Age

Stone Age en 1972. Decker-Angibaud, nov. 1972.

L’une des toutes premières représentations de cet orchestre qui marquera les années soixante-dix a lieu à la Maison des Jeunes et de la Culture le 10 mars 1972 pour la soirée annuelle du comité des fêtes de Nantilly et l’élection de la reine du quartier. En octobre de la même année, il revient place Verdun, puis le mois suivant, remonte sur scène dans le cadre des animations du Groupement d’Action des Commerçants et Artisans du Saumurois à la salle Beaurepaire. Marcel Reignier, avec son beau pull rayé et son pantalon patte d’eph, est la guitare, Christian Collange au chant, Christian Siquier est à la basse. Le jeune encore tout timide derrière sa batterie deviendra beaucoup plus extraverti dans les années suivantes, Michel Fazi.

Stone Age à la MJC, octobre 1972. Marcel Reignier est à la guitare, Michel Fazi à la batterie, Christian Siquier à la basse, Christian Collange au chant. Photos CO / Archives SVL 70Z30.

Maurice Fournier

Figure incontournable et influente de la vie culturelle Saumuroise d’après-guerre jusque dans les années 80, le chroniqueur culturel du Courrier de l’Ouest, ancien inspecteur de presse, président du Comité Permanent des Fêtes et premier adjoint au Maire Maurice Fournier a souvent la dent dure contre une partie de la jeunesse musicale. Il ne cesse de s’en moquer : Si les «idoles» d’hier ont besoin aujourd’hui de déguisements farfelus, de sonos tonitruantes pour fabriquer artificiellement une ambiance, de choristes pour soutenir leur filet de voix, de musiciens hirsutes qui semblent assis sur des piles électriques et de savants éclairages psychédéliques… ou : Depuis les «Zidoles yéyé», nous vivons l’ère de la facilité. N’importe qui se proclame chanteur, auteur-compositeur sans connaître les plus élémentaires notions de versification ou de solfège. Le matraquage intensif par télé et radio ne fera illusion qu’un temps ». Il faut dire que cet éminent édile local est né en 1910. Si les jeunes d’aujourd’hui pouvaient ressembler aux jeunes que nous avons été, se serait tellement rassurant, peut-on lire en filigrane ! Fin et cultivé, il participe grandement à la vie culturelle locale, et puis, à sa décharge, ce grand manitou des fêtes Saumuroises a apprécié la représentation de Pierre Perret en cette année 1972 ( surtout parce que le chanteur avait un costume bien taillé). 

Jean-Louis Grelier

Le 8 janvier 1972, la MJC invite à nouveau le chanteur compositeur et guitariste Saumurois Jean-Louis Grelier. La Presse confirme que le rôle de cette nouvelle institution est aussi de permettre à de jeunes artistes locaux de s’exprimer, surtout quand il s’agit, en l’occurence, de l’un des premiers animateurs de la MJC. Jean-Louis Grelier quittera Saumur quelques années plus tard pour le sud-ouest de la France où il participera au concours Ricochets 82, organisé par une association de Montauban et où il obtiendra le 2ème prix : faire la première partie de Graeme Allwright.

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    Marc Ogeret

    Son nom est un peu oublié, mais il reste l’un des plus grands représentants des chanteurs anarchistes. Défenseur des mouvements ouvriers du 20e siècle, il est invité avec la chanteuse Vicky Messica par la MJC en février 1972.

    Pierre Perret

    Il ouvre la cage au succès ce 11 octobre 1972 au théâtre. Il y reviendra dans un théâtre à nouveau plein à craquer douze ans plus tard, le 26 juillet 1984.

    Ça se passe
    par là

    L’apparition des K7 permet aux amateurs de musique de partager plus facilement leurs goûts et leurs découvertes.

    La discothèque municipale

    Installée en 1972 dans les locaux de la bibliothèque municipale construite en 1969, c’est la première discothèque de prêt du département, avec 1600 disques au départ. Il faut avoir 15 ans pour emprunter deux disques à la fois au prix d’1 franc le disque (soit un euro aujourd’hui), montrer une pièce d’identité et fournir 2 photos pour s’inscrire puis présenter le saphir ou le diamant de son tourne-disque chaque trimestre. Au retour, l’état des disques est vérifié grâce à un étrange instrument, l’ampliviseur. On peut écouter gratuitement les disques dans deux cabines. En 1997, tandis que les CD sont en pleine expansion, les disques seront de retour au prêt avec 8000 disques.

    Salle Beaurepaire

    Aménagée en salle des fêtes en 1971, elle remplace celle du foyer du théâtre qui est en travaux. La situation se reproduira trente ans plus tard.