1980/81

Les groupes musicaux sortent peu à peu des salles de bal ou des soirées cabaret pour investir l’espace publique et accompagner des animations d’ampleur. Le public ne danse plus, n’est plus assis, il assiste debout aux premiers concerts de rue.

Festimasq

Coll. Rachid Sefrioui.

La Maison des Jeunes et de la Culture et l’Agence culturelle saumuroise s’unissent pour organiser le samedi 21 mars 1981 à travers la ville un événement qui va marquer les esprits (ou les cacher) et formidablement bien réussir : Festimasq. Il faut dire que l’idée est bonne puisqu’il existe déjà à Saumur l’usine de fabrication de masques César et qu’elle y associe les enfants des écoles, les commerçants, les chauffeurs de bus de la STUSS, jusqu’au maire de la Ville Lucien Méhel qui reçoit un faux candidat Mitterrand déguisé dans son bureau. Les journalistes ont du grain à moudre et s’enthousiasment. C’est à cette occasion qu’un groupe musical joue devant le théâtre (rock in Bilange), pour participer à l’animation. Les jeunes Bruno Druart et Rachid Séfrioui aux guitares, Éric Clémente à la basse et Vincent Ernoul à la batterie, inaugurent sans s’en rendre compte une nouvelle façon de jouer de la musique devant un public, dans l’esprit du temps qui verra, l’année suivante, la mise en place de la Fête de la musique par Jack Lang. Le maire de droite Lucien Méhel ne le savait pas encore, mais le prochain président de la République n’aura pas besoin de se déguiser en Mitterand pour accéder au pouvoir. 

Photo ci-dessus : sur la scène de la place Bilange, pendant Festimasq, de gauche à droite : Rachid Séfrioui et son beau poncho, Bruno Druart avec des cheveux, Vincent Ernoul, et Éric Clémente. Forts de ce succès, ils jouent deux mois plus tard à la MJC. 

Bruno Druart

Né quand les Beatles enregistrent Love Me Do, Bruno Druart grandit au son des albums que son père passe sur la platine. À 16 ans, en février 1979, un copain lui montre comment on joue l’intro de Smoke on the Water de Deep Purple sur une guitare électrique, C’est une révélation ! Dès ce jour, il néglige ses études au lycée d’état, redouble, abandonne en terminale car une seule chose compte désormais, la guitare. Il prend des cours au Point d’Orgue avec Dominique Robineau, passe des heures à travailler des morceaux de l’album Moon flower de Santana, découvre Led Zeppellin, et rencontre le guitariste Pascal Bret. Ils se motivent pour jouer sur scène, et crée un premier groupe au nom parfumé de Rotten Camembert avec Billy comme batteur et Jeff à la basse. Bruno joue son premier vrai concert sur le parvis du théâtre lors du festival Festimask organisé par la MJC en 1981 et propose dans les mois suivants des cours de guitare à la MJC. En continuant l’enseignement de Dominique Robineau, Bruno s’orientera vers le jazz. Il sera l’initiateur de plusieurs formations et participera à de nombreuses autres, de Climat (jazz fusion) à Outlander (pop-rock), à suivre…

Coll. Bruno Druart.

Rachid Séfrioui, Éric Clemente, Bruno Druart et Olivier Laloul Basset, 1980.

Affichette. Archives Saumur Val de Loire.

 

Rachid Séfrioui

Rachid Séfrioui à l’oud dans les années 2010. Coll. Rachid Séfrioui.

Né l’année où les Rolling Stones sortent leur premier 45T, Rachid Séfrioui passe une enfance entourée d’amis de la famille qui jouent de la musique, mais c’est sur la guitare de sa mère, peu utilisée, qu’il commence à jouer, tardivement, et d’abord en autodidacte. Interne au lycée d’état, il rencontre en 1980 Bruno Druart qui lui montre des exercices sur les cordes, puis il prend des cours pendant un an avec Dominique Robineau au Point d’Orgue. Il rencontre les musiciens Pascal Bret et Éric Clemente et joue pour la première fois devant un public le 14 juillet 1980 chez des amis de ses parents. Il joue ensuite à Festimasq, organisé par la MJC en 1981 devant le théâtre et en 1982 salle Beaurepaire avec le groupe Épithètes. Il fera les soirées d’été du Café de la Ville en 1982, jouera des instrumentaux avec Olivier Laloul Basset et Philippe Loiseau qu’il a connu au lycée. Peu à peu, il intègrera à son jeu des influences jazz. Il quittera Saumur en 1984 pour Bourges, s’achètera sa première basse en 1986, et entrera à l’IACP jazz school de Paris. En 1990, il reviendra sur Angers, accompagnera Jean-Phi Vergneau, commencera sa collaboration avec la chanteuse Zaniboni et avec Lo’jo avec qui il jouera trois ans et participera à deux albums (1991-1994). Il déménagera ensuite sur Paris, deviendra disquaire pendant cinq ans, jouera de nombreuses années pour la Compagnie des Bateaux parisiens, reprendra sa collaboration avec Zaniboni pour l’album Gemmes en 2007. Dans la même période, il créera le groupe oriental-jazz-rock Mandeyo et multipliera par la suite ses collaborations et compositions musicales. 

Trust tape fort

Tandis que des groupes musicaux jouent dans les rues, dans une ambiance bon enfant, le groupe de hard rock Trust sort le 30 mai 1980 l’album Répression (dans lequel figure en première piste le célèbre Antisocial) avec le titre Saumur. Les paroles n’y vont pas avec le dos de la cuillère mais avec la lame du scalpel dans le premier couplet : Connaissez-vous Saumur ? Le bastion de l’ordure, Le fief des bourgeois Mentalité de rats. Connaissez-vous Saumur ? Et sa garnison Population mesquine Mentalité rupine. L’histoire veut que ce texte soit le résultat d’une rencontre à Londres entre le chanteur de Trust, Bernie Bonvoisin, et le journaliste et chanteur Patrick Coutin qui a vécu sa jeunesse à Saumur. L‘auteur de J’aime regarder les filles confiera plus tard au journaliste du Courrier de l’Ouest Nicolas Thellier (21/07/2019) qu’il n’a pas ressenti de racisme en raison de ses origines (tunisiennes), Saumur était une ville particulière avec une tenue très codée. Il y avait plutôt une forme de racisme anti-jeune, confiera-t-il. Quant à Bernie Bonvoisin, il mettra en avant qu’il n’avait même pas vingt ans et qu’évidemment il n’écrirait pas des paroles aussi violentes quarante ans plus tard. Il faut dire aussi qu’à l’aube des années 80, les chansons de révolte sont d’usage. Cinq plus tôt, Renaud chantait Hexagone et trois ans plus tard, Bérurier Noir chantera Manifeste. Pas de quoi en faire un plat finalement. Le maire de Saumur, Jackie Goulet, conclura devant la caméra de France 3 Pays de la Loire le 14 janvier 2021 : J’ai vraisemblablement dansé et chanté cette chanson comme tous les gens qui avaient vingt ans à l’époque mais évidemment ça ne correspond en rien à cette très belle ville de Saumur. Il n’y a pas plus de problèmes sociaux ici qu’ailleurs.

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    Graeme Allwright

    Joue et captive son public sous chapiteau place Marc-Leclerc le 25 avril 1980.

    Gérard Lenorman

    Salle comble au théâtre le 18 mars 1980 pour le plaisir des jeunes et de leurs parents. Il reviendra pour la fête du Champigny le 12 septembre 1981.

    Tequila

    Le 22 avril 1980, le groupe Nantais que l’on comparait à Téléphone, et dont la réputation gagnait la France entière, revient après le festival de Fontevraud l’année précédente. Les 450 spectateurs trouvent la prestation un peu trop courte et prolongent l’ambiance du concert dans la rue Beaurepaire. La police vient disperser le public.  

    Jean-Jacques Milteau

    L’harmoniciste, connu pour avoir souvent joué avec Eddy Mitchell, est invité avec le guitariste Alain Giroux pour un concert gratuit au théâtre organisé le 28 octobre 1980 par Le Point d’Orgue dans le cadre de La guitare à l’honneur. 

    Yves Duteil

    Le chanteur guitariste est au top de sa popularité, il prend le public par la main et fait un carton au théâtre le 5 février 1981.

    Leny Escudero

    L’auteur-compositeur-interprète est invité par la Maison des Jeunes et de la Culture à la salle Beaurepaire le 9 novembre 1981.

    Ça se passe
    par là

    Annonce presse, février 1981.

    Annonce presse, juin 1981