S’il y a un élément essentiel pour qu’un groupe fonctionne, se développe artistiquement, enregistre, donne des concerts : c’est un bon manager. Laurent Ranlo Mercier fait partie de cette famille déterminée et protectrice des artistes. Il est né l’année où Hey Joe de Jimi Hendrix Experience fût enregistré. Il a passé son enfance à Saint-Lambert des Levées, depuis toujours attiré par la musique. Ses trois frères aînés écoutaient Deep Purple, Scorpion, Trust et surtout Téléphone que Ranlo a vu en concert à la Beaujoire, à Nantes, en 1982. Il se souvient : c’était un de mes rêves à cette époque, j’avais 15 ou 16 ans, partir avec eux en tournée ! Son souhait de tournées sera largement exhaussé une quinzaine d’années plus tard. En 1984, trois de ses amis sont partis vivre en Angleterre et Dudu, l’un d’entre eux, revenait régulièrement chez ses parents, à Saumur, chargé de spécialités so british : des disques punk from London. Pas des groupes connus comme The Clash ou Sex Pistols, mais des trucs beaucoup plus obscurs : The Toy Dolls, Peter and the Test Tube Baby, Broken Bones, 7 Seconds,… ajoute le futur manager qui, en compagnie de Frédéric Barzo Gastineau, passait ses mercredis après-midis à écouter de la musique. C’est ce qui a vraiment allumé la mèche de notre culture musicale, conclue-t-il. En 1988, Il a assisté au premier concert des Woumpapos qui reste pour lui l’événement marquant de la scène locale de la fin des années 80, suscitant beaucoup de vocations musicales dans la jeunesse. Son appartement dans le centre-ville était un lieu très fréquenté. L’un de ses nombreux visiteurs est Frédéric Duzan, fraîchement débarqué d’Australie et futur chanteur de Spicy Box. Cette petite société d’amateurs de musique se retrouvait en soirée dans les bars comme le Hollandais, chez Bibar, ou au bar des Halles (l’Annexe aujourd’hui). Tous les samedis soirs à minuit, c’était le même rituel, Ranlo allait chercher Alain Michou qui était projectionniste au cinéma Le Palace, direction l’Optimum, la boîte de nuit de Candes-Saint-Martin où ce dernier était DJ. Alain Michou y distillait sa sélection vinyle de soul music, de funk, de rock garage sixties, de punk rock et de reggae…
Parmi les nombreux groupes de Saumur du début des années 90, il y a deux locomotives qui entraînent les autres dans leur sillage : la Ruda Salska et Spicy Box. Shout occupe la troisième place, enchaîne de plus en plus de concerts et a besoin de quelqu’un pour s’occuper de son intendance. Ranlo rencontre très régulièrement Pablito Pab Rozeau, Anthony Rozeau et Dominique Grabs Morisset. Ils lui propose de devenir leur manager, un métier dont il ne connait pas la complexité et, malgré son boulot en semaine, il accepte. Fiable, connaisseur, Ranlo consacre alors toute son énergie à cette mission. Il se souvient : j’ai passé des nuits entières à faire des copies de cassettes du groupe pour les envoyer dans tous lieux de concert ou les radios, et à prendre des contacts. Shout étant proche de Spicy Box humainement et musicalement, Ranlo bénéficie de l’expérience professionnelle de la manageuse Isabelle Zaz Verron et de Christian Frémin, le premier manager de la Ruda. Il se constitue un solide carnet d’adresses, organise les tournées, procède aux démarches officielles inhérentes à la vie du groupe, obtient les intermittences (507 heures de musique professionnelle ou 45 concerts par an) pour les trois musiciens.
Après Shout, en 1999, Ranlo sera sollicité par le groupe de ska Rude Boy System pour occuper la même fonction. Quatre membres de cette formation du Mans sont des musiciens saumurois de longue date. Il s’occupera des affaires de RBS de 2000 à 2003. Durant cette période, le groupe multipliera les concerts (250 à 300) partout en France, dont des premières parties de prestige (The Skatalites). Parallèlement à RBS, il deviendra manager du groupe Upset (2000-2001), organisera leurs concerts et l’enregistrement de leur disque au studio des Forces Motrices à Genève (où aurait dû être enregistré le deuxième album de Shout).
Laurent Ranlo Mercier deviendra la mémoire saumuroise de ces années fastes pour ces genres de musiques. Il sera le premier à écrire sur l’histoire de cette musique amplifiée dans le Yéty (Programme du Chabada d’ Angers) qui contiendra un dossier spécial Saumur. L’interview écrite ne pourra être publiée dans son intégralité par manque de place mais elle figurera in extenso sur le site Zicorama, le portail des musiques du Maine-et-Loire, en 2003.