1994

Quelle année ! Après la réussite du concert pour les Restos du Cœur, la Municipalité doit admettre que 1000 spectateurs, ce n’est pas négligeable. Création de l’association A Donf !, sortie du CD Gabaria, Shout qui explose sur scène et Riot qui revisite le ska…

 

 

 

Shout

La page consacrée à Shout dans le CD Gabaria, 1994.

Shout a été créé en juin 1993 (effectif en 1994) rue Marmaillette chez Jean-Claude JC Pasquier avec Christophe Titi Desgré à la guitare au début, et pour la formation de base : Dominique Grabs Morisset, au chant et à la guitare, Anthony Tonio Rozeau à la batterie et Pablito Pab Rozeau à la basse. Déjà redoutables et percutants sur scène, ils enregistrent et publient en 1994 deux titres pour le CD Gabaria, compilation de cinq formations du Saumurois. En 1995, Christian Jeff  Geffard sera aux percus et JC au sampler, Laurent Ranlo Mercier deviendra manager et Shout partira en tournée dans le sud de la France et en Italie puis enregistrera une première démo. En fin d’année, ils reviendront sur Saumur après leur succès au tremplin rock de Bergerac pour faire un concert dans la salle récemment rénovée de la Scoope (et avec le poignet cassé juste réparé de Grabs). En 1997, le groupe bénéficiera du contrat Le FAIR (Association créée en 1989 par le Ministère en charge de la Culture), dispositif de soutien au démarrage de carrières et de professionnalisation en musiques actuelles, et après le choix d’un jury composé de professionnels de la musique (Rock & Folk, MCM, Oui FM, Virgin Megastore), Shout se retrouvera parmi les quinze lauréats de l’année, ce qui permettra au groupe de bénéficier d’une résidence d’artistes, d’une subvention pour leur premier disque et de figurer sur la compilation Fair 98 distribuée par le magazine Rock Sound au côté des artistes sélectionnés : Baz Baz, Louise Attaque, Faudel, Dionysos et Matthieu M Chedid. L’audience du groupe deviendra nationale. Shout enchaînera près de 250 concerts à travers la France dont une participation aux Transmusicales de Rennes.

En 1997, le 17 avril (le lendemain de leur participation au Printemps de Bourges), sortira leur CD éponyme de 8 titres avec Crash Disques. Shout rencontrera ce label en faisant de nombreuses fois l’ouverture des concerts de Spicy Box, dont celui du lancement de leur premier disque en 1995, pendant une soirée spéciale au Bateau Ivre (Tours) où tout le staff du label de Marsu (Crash Disques) sera présent et accrochera à l’esprit et au style de Shout. À la question d’un intervieweur qui s’étonnera que Saumur, ville de 30 000 habitants, sorte de très bons groupes, Grabs répondra : quand tu es dans une ville aussi pourrie (…), ça motive un peu les mômes pour faire de la musique et se dire qu’ils pourraient eux aussi se barrer. Le maire est plus préoccupé par le portefeuille des vieux que par le devenir des groupes locaux, rajoutera-t-il avec son franc parler (on se souviendra de Trust). Il confiera également qu’on leur a pris la tête aussi avec le nom, car les trois quarts des personnes diront « Shoot », et d’expliquer : il y a un inspecteur de police qui est venu dans un magasin de disque en demandant ce que c’était que les affiches, a demandé ce que voulait dire Shout. Il a pris notre CD et celui des Spicy (Spicy Box), il a regardé dans les textes. Une autre fois, on s’est fait arrêter en camion et on avait des tracts pour la sortie de l’album, les flics ont halluciné sur le nom du groupe. II a fallu leur expliquer…https://www.mowno.com/articles/interviews/interview-shout-01-1998/.

Shout à la salle de la Scoope en 1998, photo C. Petiteau, archives SVL.

Shout joueront contre l’immobilisme des religions avec The Powers is yours (reprise des Redskins), saura enrichir le registre hardcore fusion en abordant un aspect world dans leurs compositions, voire reggae-rap, et même avec des influences de chants bulgares. JC quittera le groupe en 1998 et c’est après un festival dans l’ouest de la France, l’année suivante, que Grabs devra cesser de chanter à cause de soucis sur les cordes vocales. Le duo basse-batterie sera rejoint par Frédéric Fanfan Janin et Loran pour créer Upset dans la foulée. 

Shout au concert pour les Restos du Coeur, en 1997. Archives Saumur Val de Loire / CO.

Christian (Geff) Geffard Shout, 1998. Photo C. Petiteau, archives SVL.

 

Riot

Graphisme Patrice Boche.

Groupe rock-ska qui rassemble des musiciens de Natty Rebel Roots autour de Sandrine Legrand au chant et Hervé Latour au saxo, Patrice Boche à la batterie, Sonia et Sophie Dupas à la basse et à la guitare, Richard Duval à la trompette, Frédéric Zobar Gastineau au chant et quelques guest stars comme Christophe Titi Desgré à la guitare et Frédéric Fred Levy au clavier. Riot joue pour la première fois le 18 juin 1994 devant le café le Hollandais avec la participation de Spicy Box, puis à Nantes pour la fête de la musique (festival Nantes is burning) avec Shout et Infraktion. Ça se passe rue de la Barillerie où réside Patrice Boche le batteur. Les cables électriques des amplis pendent sur la façade de son immeuble car ils sont branchés directement depuis son appartement au 3ème étage. Riot Joue aussi au bar Le Butterfly, au Rock mania à Angers, et à Doué-la-Fontaine. En 1994 toujours, au Bateau Ivre de Tours, Riot fait la première partie de l’emblématique groupe de ska two tone The Selecter auteur du hit On my radio. Sur l’exceptionnelle et so fresh vidéo ci-dessous, transmise par Hervé Latour, on peut réentendre Sandrine, Hervé, Sonia, Sophie et le trépidant Fred devant la pizzeria Le Nord le 25 juin 1994 dans le cadre d’un festival organisé par l’association douessine Art & Muz, à Doué-la-Fontaine. Le soir, Shout, Synapse, et Sleazy Bugs sont programmés à la salle Chevalier de Doué. La seconde batterie à droite sur la vidéo est celle du groupe qui suit dans l’après-midi : Holy Furies. Riot se produira aussi sur l’île d’Oléron. Il faut une salle pour le rock et un emplacement pour répéter dans cette ville, réclame Fred Zobar à la presse en 1994. Il sera en partie entendu dans les mois qui suivent. Le groupe cessera d’exister au départ de Patrice Boche pour Paris où il travaillera pour les studios de cinéma Gaumont comme infographiste, avant de s’occuper du label indépendant Tripsichord…on le reverra sur Saumur derrière ses fûts dans Rude Boy System.

Riot, Hervé Latour et Sandrine Legrand en 1994, devant le bar Le Hollandais, place de la République. Photo Armelle Latour.

La reprise de Riot ci-dessus est Gangster des Specials (1979) qui avaient ajouté des paroles sur l’instrumental Al Capone de Prince Buster (1964).

Riot, fond d’affiche réalisé par Fred Gastineau, 1994.
Riot, Sandrine Legrand. Photo Armelle Latour.

A DONF !

Ticket d'entrée pour le concert organisé par A DONF ! en 1998. Coll. Joseph Musso.
Concert à la Scoope, 1993.
Le public du concert de la Scoope, en 1993. Archives CO / SVL.

L’association pour la promotion de la scène rock saumuroise est créée le 29 avril 1994 par une équipe de jeunes déjà active l’année précédente. Il faut enfin qu’une association s’engage pour imposer la culture rock à Saumur selon les propos de Cécile Artigot, membre fondatrice des Restos du Cœur (qui quittera Saumur en fin 1995 pour raisons professionnelles). Avec ces passionnés de musique, dont Laurent Delhumeau, journaliste à Radio Saumur, Cécile Artigot a l’idée d’organiser des concerts dont le bénéfice irait à l’association lancée par Coluche en 1985. Le premier concert (avant la création de l’association) s’est déroulé à la salle de la Scoope le 6 février 1993 devant 800 personnes (avec les Thugs et les Rats sur scène). Face à une telle affluence, face à une pétition lancée par les amateurs de concerts, et face à des jeunes sérieux et engagés qui savent gérer un événement sans débordements, le maire de droite Jean-Paul Hugot, souvent raillé à l’époque par les groupes de musique pour son appartenance quand il était jeune à l’Union nationale inter-universitaire (UNI), n’a pas d’autre choix que de se montrer à l’écoute. C’est Mikaël Kerjean, directeur artistique du service culturel de la ville qui recommande à cette poignée de jeunes motivés de créer une association pour obtenir des aides municipales. Le second concert pour les Restos, organisé par A Donf ! a lieu le 19 février 1994 dans l’entrepôt prêté par la maison de bulles Bouvet-Ladubay, assez vaste pour accueillir un millier de spectateurs et qui a déjà ouvert l’espace avec succès précédemment pour Les tambours du Bronx. Ce concert, qui rapporte 35000 francs aux Restos présidés par Michel Bigot, ne fera que confirmer les efforts de l’association A DONF ! Les groupes invités renoncent à leurs cachets, seuls les frais de déplacements pour les groupes qui viennent de l’extérieur de Saumur sont pris en charge. Les groupes locaux bénéficieront de contreparties, notamment via la Maison du Rock.

Le problème le plus épineux pour la Municipalité n’est pas tant d’apporter son soutien à l’association A DONF ! que de lui laisser vendre de la bière pendant les concerts. Le maire Jean-Paul Hugot aurait concédé en off qu’un concert de rock sans bière était un contresens. Les archives municipales en témoignent : c’est la panique dans les services municipaux. Ils demandent au maire une réponse écrite pour confirmer ses propos tandis que le reste des élus municipaux s’opposent farouchement à ce qu’une manifestation soutenue par la mairie incite les jeunes à s’alcooliser. Finalement, un accord tacite sera trouvé, la Municipalité fermera les yeux sur l’ouverture d’une buvette qui ne la concernerait pas. Ce partenariat entre l’association A DONF ! et la Municipalité, inédit jusqu’alors, ne manque pas d’interpeller un journaliste de la Nouvelle République qui pose la question fatidique : ce partenariat ne revient-il pas à vendre son âme aux politiques ? Cécile Artigot a une réponse fort à propos : nous organiserions quoi qu’il en soit des concerts. Ce soutien permet d’envisager des projets de plus grande envergure (NR, mai 1994).

La team A Donf ! en 1994. Coll. L. Delhumeau.

Sur la photo ci-dessus, l’équipe organisatrice du premier concert pour les Restos chez Bouvet-Ladubay : Marie-Claire Pereira, Bruno Grasset, Laurent Delhumeau, Adélaïde Rousseu, Laetitia Grasset, Frédéric Rousseau, Stéphane Connan, Marie-Inès (Connan) Pereira et Jean-Renaud JR Chauvat.

Laurent Delhumeau (également pilote automobile) en 1994, au concert des Restos du Cœur. Photo CO / Archives SVL 70Z15.

Le premier concert (hors ceux pour les Restos) organisé par A Donf ! sous sa forme associative, doit faire venir le 24 juillet 1994 à la salle Beaurepaire un jeune groupe promis à un bel avenir national, No One Is Innocent. Malheureusement, quinze jours avant la date du concert, le batteur du groupe se casse le poignet. Les affiches sont collées, les flyers distribués, la cata ! A DONF ! s’occupe également de la Maison du Rock de Saint-Lambert-des-Levées à sa création en 1994. Elle sera remplacée en février 2000 par l’association Mentazik.

Le CD Gabaria

Il fallait bien qu’un jour Saumur accouche de son premier enfant rock, santé ! annonce Bertrand Gilet dans la Nouvelle République le 1er juin 1994. L’album CD enregistré rassemble deux titres de chacun des cinq groupes saumurois : La Ruda Salska, Sleazy Bugs, Haddock, Shout et Spicy Box (Rush production). 500 exemplaires sortent des presses musicales (pour un prix de 89 francs le CD). Christian Frémin, producteur de Rush, recense 17 groupes de rock sur Saumur en 1994. Trois semaines après la création de l’association musicale A DONF ! et juste avant la sortie du CD (il n’y aucune relation de cause à effet), un certain Alain Busschaert, professeur en éducation musicale (et futur candidat du Front National à diverses élections loin de Saumur) alerte les parents des écoles privées de Saumur en organisant une conférence intitulée La musique peut-elle détruire ? Il lance un cri d’alarme devant les ravages constatés chez les adolescents par certaines fréquentations musicales comme le hard rock, le rap, la techno (Courrier de l’Ouest du 17-05-94). Le mois suivant, le journaliste Roger Gaboriau, dans le même quotidien, fait un état des lieux contraire beaucoup plus constructif et nuancé à l’occasion de la sortie du CD Gabaria. Il explique que le Saumurois n’est pas la patrie du rock, loin s’en faut, mais le rock est une partie de l’activité sociale des jeunes Saumurois, une activité souterraine que personne ne veut reconnaître comme une activité à part entière, éducative et pédagogique. En deux mois, cette année 1994, on entre dans le vif du sujet : rock or not rock ?

Ci-dessous, le titre Revolta de Shout, Rush Production, mixé par Y. Mordas.

Sleazy Bugs

David Reveau, guitariste et chanteur, Titi Beauvois à la guitare, Thierry Loyeau à la basse, et Kermitt aux percus ont formé en 1992 ce regroupement de bestioles louches douessines.  Ils se sont produits pour les premières fois à Rock’n Loire, à la Ménitré, en septembre 1992 et au premier concert organisé par l’asso Ohm Sweet Ohm (avec la complicité de Gazoline) le mois suivant à Brain-sur-Allonnes. En 1993, le 9 octobre, SB participe au premier concert organisée par l’association Art & Muz (créée par Anne-Claire Oriou et Sophie Humeau) à la salle des fêtes de Concourson-sur-Layon. En plus de Sleazy Bugs, plutôt hard rock, on notait la présence du groupe d’Angers bien connu les Spécimen et un succès pour la manifestation et l’organisation (500 personnes dans le public !). Deux musiciens sont remplacés début 1994 par Fred et Flash. Sleazy Bugs figure sur la compilation CD  de groupes saumurois Gabaria.

Hervé Latour

Hervé Latour, saxophoniste de Natty Rebel Roots et de Riot, puis de Rude Boy System. Photo Armelle Latour, 1994.

Né l’année où Pink Floyd sort The Dark side of the Moon, Hervé Latour est arrivé à Saint-Hilaire-Saint-Florent à l’âge de six ans. La maison familiale baignait dans la musique, son père écoutait du jazz mais également Pink Floyd et du classique. À neuf ans, il a eu un coup de cœur pour la flûte piccolo, mais l’instrument n’étant pas enseigné à l’école de musique, il a choisi la clarinette. Après quelques années passées à Villefranche-sur-Saône où il a appris le saxophone et où il a croisé un certain Benjamin Biolay dans son collège, et où il a découvert le reggae avec Steel Pulse et Marley, il est revenu sur Bagneux en 1990. Pour ses dix-huit ans, il a reçu un splendide saxophone alto Yamaha YAS32F avec FA# aigü. L’une de ses premières rencontres avec le milieu musical local est celle d’Alain Michou qui lui a fait écouter Parliaments et les Funkadelics. Il a intégré alors la formation qu’Alain Michou venait de lancer, Natty rebel roots. Il sera l’un des initiateurs de Riot et trouvera aussi sa place dans Rude Boy System.

Circonstance

Circonstance, 1994. Photo presse CO.

Comme son nom l’indique, Circonstance est un groupe de blues rock constitué pour quelques concerts, avec trois professeurs du Point d’Orgue et deux anciens élèves. Il participe au concert pour les Restos du Cœur à Longué en janvier 1994.

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    À l’affiche des concerts pour les Restos du Coeur

    Au théâtre, le vendredi 18 février, Gilles Gouin organise une soirée avec Marc Mercier, Free Son, Kevin Clarke, Circonstance, Fly-Tox, Outlander, Aurore Dubos et Viento de Rumba. Vieux complice de Gilles Gouin, le Longuéen, guitariste et conseiller municipal Yves Savariaud lui propose de déplacer la même programmation pour la même cause le lendemain à Longué.

    Pour la première fois, le concert rock se déroule à l’entrepôt Bouvet-Ladubay, le samedi 19 février. Au programme : les Skipies, les Satellites, Lofofora et le groupe Saumurois qui monte : Spicy Box.