1995

La célébrité commencera dès que ceux qui n’ont ni écouté la musique ni même vu les musiciens sur scène sauront que le groupe existe. Les débuts de 

La Ruda Salska

Il est inutile de présenter dans sa globalité la carrière de La Ruda tant elle s’est fait connaître très largement au-delà de Saumur, mais il paraît plus pertinent de revenir sur les origines. Cette formation rock ska a été influencée, au départ, par les Clash, les Toasters, les Skatalites, La Mano ou les Shériffs. Comme Pierre Pierrot Lebas, le chanteur, le dira à Nicolas Thellier journaliste du Courrier de l’Ouest en 2000 : La Ruda Salska est avant tout un groupe de rock’n roll qui se distingue par le ska et d’ajouter non sans un côté provoc (qui rejoint celui de Grabs des Shout) que vivre à Saumur est difficile pour les jeunes, dans une vieille ville où l’on trouve plus de militaires que de rastas. Ce qui ne l’empêchera pas de faire d’un restaurant de cette même ville l’un de leurs titres les plus connus (Le Trianon). La meilleure façon de présenter le groupe à ses débuts est de reproduire les premières lignes écrites à la main par le Bagneulais et batteur de la Ruda Salska Emmanuel Manu Vincentelli adressées au maire de la Ville de Saumur le 19 avril 1995 (archives municipales) : Monsieur, je tiens d’abord à nous présenter car il est possible que vous ne nous connaissiez pas, bien que nous figurons sur la compilation Gabaria. Le groupe est formé de sept musiciens (2 guitaristes, 1 bassiste, 1 batteur, 1 saxophoniste, 1 tromboniste, 1 trompettiste et un chanteur. Nous sommes pratiquement tous originaires de Saumur ou sa région. Cela fait un an et demi que nous existons et déjà nous avons plus de cinquante concerts à notre actif. Certaines dates sont intéressantes pour nous, Les Tontons flingueurs à Rennes, l’Arapaho à Paris, ou encore le Faucon Maltais à Notre-Dame-de-Monts, puisque ces lieux de concerts sont très réputés dans le milieu rock français. S’en suit une présentation des projets à venir et l’évocation des difficultés à transporter les instruments et le matériel de sonorisation. Puis le batteur conclut : c’est la raison pour laquelle, suite à cette lettre, j’aimerais m’entretenir avec vous afin de trouver ensemble une solution – voire obtenir une aide matérielle de la ville de Saumur. Ce courrier est d’autant plus touchant qu’on connaît tous ou presque la suite de l’aventure. Le premier groupe date de septembre 1993, au moment où il a enregistré Radio Ska pour On A Faim. Il y avait une première formation de six musiciens, et comme beaucoup d’orchestres, elle a splitté moins de deux ans après, en février 1995. De cette formation il ne reste que Pierrot le chanteur et Manu, le batteur. Puis le groupe s’est reformé avec Michel à la trompette, François au saxophone, Roro au trombone, Jam à la basse, et Fred et Richard Pauvert aux guitares. Richard Pauvert qui avait déjà réjoui le public saumurois avec le groupe Haddock. En juin 1995, La Ruda Salska remporte le tremplin rock du Blues rock Magazine et le chèque de 3000 francs qui va avec, puis elle part en tournée dans tout l’ouest de la France non sans faire une pause devant le bar Saumurois Le New-Club en juillet de la même année. Elle reviendra à Saumur pour le concert des restos du Cœur en février 1996 à l’entrepôt Bouvet-Ladubay et pour une scène à la salle de la Scoope le 27 avril 1996 avec Marcel et son orchestre, avant de partir en tournée en Allemagne. En 1998, La Ruda Salska passera au Bataclan avant d’enregistrer un 4 titres, mais nous reviendrons ultérieurement sur les concerts et les enregistrements. La Ruda jouera le 22 avril 2000 au concert de A DONF ! / restos du cœur aux entrepôts Bouvet-Ladubay juste avant leur participation au Printemps de Bourges, et sept ans après leur premier concert à Saumur au café de la Poste. En 1995, Cécile Artigot qui a quitté la présidence de l’association A Donf’, devient la manageuse du groupe.

La Ruda Salska pendant le tournage du clip au Trianon, 1996. Dessin N.Jolivot.

 

La Maison du Rock

La Maison du Rock, rue Moïse Ossant, douze ans après l’année de destruction programmée. Photo NJ.

En février 1995, pendant la réunion qui suit le concert pour les Restos du cœur, le maire de Saumur Jean-Paul Hugot annonce l’ouverture de la Maison du Rock dans une habitation de la rue Moïse Ossant appartenant à la Ville, à Saint-Lambert-des-Levées. Elle est transformée en locaux de répétition avec 4 pièces pour les groupes et une pièce pour une personne seule. L’inauguration a lieu en novembre 1995, la municipalité ayant mis 120 000 francs pour la réfection et l’isolation. Il faut dire que depuis l’année précédente, les «jeunes» devenaient pressants. Dans une pétition de septembre 1994, signée par près de deux cents personnes, la demande était motivée : Monsieur le Maire, nous sommes plusieurs jeunes, dont certains appartiennent déjà à des associations musicales, à avoir remarqué le manque de moyens mis à disposition de la jeunesse pour exercer sa passion musicale, c’est pourquoi nous, jeunes de Saumur, par le biais de l’association A DONF !, ainsi que les personnes ayant signées la pétition, nous nous associons pour vous demander de bien vouloir nous soutenir afin que des locaux plus nombreux et adéquats soient installés à notre disposition 1.  Le seul endroit pour répéter dans la ville était à l’époque une salle dans les caves de la MJC, effectivement, c’était peu. La question s’était déjà posée de la même façon sur Angers à la fin des années 80. Il fallut attendre 1994 pour qu’un ancien bâtiment soit rénové et devienne Le Chabada, scène rock d’ Angers. À Saumur, c’est à l’association A DONF !, pour ses bons et loyaux services dans l’organisation de concerts dont ceux caritatifs pour les Restos du Cœur, que la municipalité remet les clés de la Maison du Rock. L’asso doit veiller à ce que le montant des locations des salles soit payé en mairie.

En décembre 1999, l’association recevra le soutien actif, pendant quelques mois, de Benoît Barreault, à qui la municipalité confiera un rôle de médiateur auprès des musiques actuelles et qui, pendant sa présence à Saumur, ouvrira le théâtre de la Ville aux musiques actuelles (Taraf de Haïdouks,….)

Répétition à la Maison du Rock. Guillaume Constantin et Max Petit de Eve Claydon, 1998. Photo C. Petiteau, Archives SVL 98-79 1 et 2.

L’histoire se terminera au début de l’année 2012, le Groupe Samouraï Furax écrira en février à la municipalité :  Veuillez prendre note que notre groupe, au vu du manque de sécurité des lieux de la maison du rock, ne répète plus dans ces locaux et ceci depuis le 29 janvier. Pour clore, Timothée le Hénaff, le méritant président de l’association Mentazik qui gérera les lieux à la suite de l’association A DONF !, s’adressera ainsi au maire de Saumur : C’est avec un profond regret que nous écrivons ces lignes (…), il est dur d’annoncer que le travail de notre association concernant l’hébergement de groupes musicaux va devoir prendre fin. C’est devant l’insurmontable coût des travaux de remise aux normes de sécurité et ce pour une période trop courte avant la destruction finale du bâtiment.2

La mairie prévoit effectivement de fermer et de démolir la maison au cours du second semestre 2013 car elle est située sur une zone économique qui doit s’étendre. Le nouveau médiateur de la direction de la culture l’admet :  il y a une réflexion à mener pour identifier sur le territoire les besoins en matière de locaux de répétition, et identifier aussi la place qui veut être donnée aux musiques actuelles. C’est une vraie question. Le directeur du service suggèrera de mettre en place un autre lieu sur le territoire de la Communauté d’agglomération. Il avait proposé l’année précédente la création d’une SMAC (Scène labellisée de musique actuelle). Ses propositions resteront vaines. La main tendue par la municipalité de Jean-Paul Hugot (RPR, 1983-2001) restera bien molle, celle ensuite de Jean-Michel Marchand (PRG, 2001-2008 ) et de Michel Apchin (UMP, 2008-2014) aussi. En conclusion, après lecture de tous les documents conservés aux archives municipales, les politiques de tous bords ont entendu les acteurs de la scène musicale saumuroise, mais ont-ils écouté et compris leurs demandes pour développer vraiment le sujet ?

1 Archives SVL 454W12. 2 Archives SVL 519W67

Répétition à la Maison du Rock, Shout, 1997. Photo CO / Archives SVL.
Répétition à la Maison du Rock, Max Petit et Arnaud Girard de Eve Claydon, 1998. Photos C. Petiteau, Archives SVL 98-79 1 et 2.
Répétition à la Maison du Rock, Fred à la basse et Olivier aux percussions, Warasound, 1998. Photos C. Petiteau, Archives SVL 98-79 1 et 2.

Treize ans après le projet de destruction des locaux, la Maison existe toujours, ouverte à tous vents et aux fantômes des groupes endiablés. Les graffitis sur les murs témoignent encore… (Photos NJ).

Jimmy Géneté, guitariste de Mnémosyne, dans le local partagé avec Timothée Le Hénaff, entre 2007 et 2009. Coll. J. Géneté.
Dans la pièce du premier étage, à gauche, local partagé entre 2007 et 2009 par Timothée le Hénaff et le groupe Mnémosyne. Coll. J. Géneté.

Pablito Rozeau

Né l’année où Bobby Womack chantait Across 110th Street. Pablito Pab Rozeau a grandi aux Chapes Noires (maintenant Hauts-quartiers). Il a été attiré par la musique en regardant à la télé, l’émission de Patrice Drevet le Mini-journal (1984) et son générique Un autre monde de Téléphone et le générique des Enfants du rock (1987) de The Cure Just Like Heaven. Son oncle s’occupa du matériel du groupe saumurois The Bridge dans les années 60 et fit des réparations sur le matériel de l’orchestre Gil-berts Jeandson. Son père l’emmena avec son frère Anthony Tonio Rozeau au concert de Little Bob Story, en 1984, à la salle Beaurepaire. Une ambiance familiale résolument ouverte à la musique. Il le fallait pour voir et entendre les deux gars jouer dans le grenier tous les soirs… Le jeune Pablito emprunta des cassettes au bibliobus municipal puis il a vu jouer Los Woumpapos. Anthony, son frère cadet d’un an, le suit dans ses goûts musicaux. Ils rencontrèrent Ghislain et Arnaud Girard au collège Yolande d’Anjou, futurs musiciens saumurois. Pablito a pris quelques cours de guitare et, en 1987, quand il rencontra le guitariste Christophe Titi Desgré , il décida de passer à la basse. En 1989, avec les Doryphores, il participa à la fête de la musique, en plein brevet des collèges, sur la place Saint-Pierre, devant Le Richelieu, bar auprès duquel il resta longtemps attaché. En 1990, il rencontra Alain Mic Michou et le groupe Mic ant the Mystics et participa à la création de Pinky Toys avec qui, en 1992, il joua en compagnie de Christophe Boudy, de Sébastien Glet à la basse, de Jérôme Lelong à la batterie, puis Pablito a rejoint Natty Rebel roots. En juin 1993, il co-fonda le remarquable groupe Shout. Après Shout, en 1999, ce sera le groupe Upset puis il partagera ses compétences de bassiste avec des musiciens à la Maison du rock, ou au Richelieu avec Timothée et Titi aux guitares, et Cédric Besson à la batterie (puisque son frère Anthony partira sur Nantes), avec See Your Soul en 2006, avec Acousmics, avec Arnaud Kazim et Jérôme Lelong à la batterie. En 2025, c’est avec My Only Vice qu’il continuera d’être une des références musicales Saumuroises incontestables, comme bassiste, et en matière de musique amplifiée tendance rock accéléré.

Free Son

Freeson à la fête de la musique 1995. Rodolphe Gouin à la guitare, Claire Berthe à la basse et Sandrine Guilberteau au chant. CO / Archives SVL 70Z18.

Pendant deux ans, ils font des reprises : The Cranberries, Kravitz, Téléphone et quelques compositions. Free Son est la réunion d’élèves du Point d’Orgue avec Rodolphe Gouin à la guitare, Claire Berthe à la basse, Céline Rigaud à la batterie, Anthony Freulon au clavier, Sandrine et Sébastien Guilberteau au chant. Ils participent à la fête de la musique 1993, au concert pour les Restos du cœur de Saumur (au théâtre et à Longué) les 18 et 19 février 1994, à la fête de l’Anguille le 3 juin 1994. Ils sont en première partie du groupe Outlander au théâtre de Saumur les 14 et 15 janvier 1995, à la fête de la musique 1995, au café de la Poste… Claire Berthe deviendra plus tard directrice de l’Ecole d’art de la Ville et Céline Rigaud sera pendant les cinquante ans de scène musicale saumuroise (1960-2010) la seule femme à manier les baguettes sur cet instrument (alors qu’en 1995, 60 élèves étudient la batterie au Point d‘Orgue sur 406 élèves).

Céline Rigaud. CO / Archives SVL 70Z18.
Free Son, 1994. Article presse CO.
Free Son, fête de la musique, 1993. Photo CO / Archives SVL.

Camisole

Camisole en 1995. CO / Archives SVL 70Z18.

Des reprises de Nirvana, Noir Désir,… et quelques compos pendant deux ans. Camisole réunit quatre lycéens saumurois : Franck Bluteau à la basse, Jérémie Rivet à la batterie, Christophe Gagneux à la guitare et Aurélien Chassagnite à la guitare et au chant. On retrouvera les trois premiers dans Bloody Noise puis dans Leïtuss. Camisole joue notamment en première partie du concert de Jack Robinson et Arnold Baker à la salle Beaurepaire le 24 juin 1995.

 

Limand

Limand à la Grande Vignole, à Turquant, le 21 juin 1997. Coll. M. Petit.

Dans un style plutôt rock grunge, Vincent Salmon à la guitare et au chant, Guillaume Constantin à la basse et Max Petit à la batterie se réunissent pour lancer LiMaNd (1995-1998). Le trio sera sur scène le 8 juin 1996 à la MJC avec Elevenses, Bloody Noise (futur Leïtuss), Bustle, et Atomic Bug puis une semaine plus tard au Pause Café, quai Mayaud avec Pregnant (de Paris). Ils seront le 22 juin 1996 à Doué-la-Fontaine. Limand fera l’ouverture de la 5e édition des Restos du Cœur en 1997 avec Elevenses, Shout et la Ruda Salska et fera partie du club sélect qui réunit ceux qui ont vu leur concert arrêté par la police, avec un record : le 4 avril 1997, tandis qu’ils feront monter l’ambiance au café le Paddock, place de l’Arche Dorée, la police interviendra au bout de vingt minutes et fera cesser le concert pour tapage. Le batteur Max Petit fait partie d’un club encore plus sélect, celui de ceux qui ont conservé tous les tickets de concerts auxquels ils ont assisté dans leur vie.

Max Petit, batteur de Limand, ouverture du 5e concert pour les Restos du Cœur en 1997. Photo C0 / Archives SVL 70Z24.
Le badge passe de Limand pour le concert ci-dessus. Coll. M. Petit.

Écouter Self Question. Deux autres titres (Mulliez et Evinrude) sont disponibles sur Bandcamp : https://limand.bandcamp.com/album/limand

Contribuer à l’année 1995

Si vous souhaitez apporter votre pierre à l'édifice 1995. Vous pouvez remplir le formulaire ci dessous :

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    Ils sont passés
    par ici

    Patrick Verbeke

    Il joue et explique le blues, le 4 mai à la MJC.

    Le ticket d’entrée du concert (coll. M. Goumettaud).

    Lo’Jo Triban

    est en concert à la MJC le 14 décembre. La formation reviendra, toujours en voisin angevin et avec une notoriété nationale grandissante le 19 février 2000 au théâtre.

    Rhoda Scott

    Elle est de retour en novembre, accompagnée sur scène par la chorale Saumuroise Contrepoint. Elle repassera au théâtre en février de l’année suivante pour un concert au profit des Restos du Cœur organisé par la municipalité et le Lion’s Club.

    Ça se passe
    par là

    Blues rock magazine

    Boite de nuit-concert, rue de la petite Bilange, créé en 1994 par Pierre Creet qui a tâté de la guitare basse dans sa jeunesse à Saumur. Ce n’était toutefois pas une boite classique, je voulais créer un club à l’anglaise basé sur la musique pop-rock et blues que j’appréciais tant. Le tout en organisant des concerts. Il y avait des guitares sur le mur au-dessus du bar, des posters gigantesques un peu partout. Cela a duré 5 années et cela a été une expérience incroyable ! rappelle Pierrot qui organise un tremplin rock départemental chaque année. En 1995, il est remporté par la Ruda Salska, en 1996 par un groupe de Cholet, les Teddy Bears. 

    Ci-dessus le briquet offert par Pierrot au BRM. À l’époque, on fumait encore dans les boîtes de nuit…

    quelques groupes

    de La Maison du Rock

    Return Stroke, Leïtuss , Captain Blood, Samouraï Furax, Les Frères Tignasse, Bellumen, Undersound, Crazy Boldub, Upset, Les Enfants de la tribu, Fola Family, Warasound, Rodondindron, Les Skarot, Gunk, Ariol, Eve Claydon, Shout, Spellcraft, Prop Capital, Ill Divine, Soul Rejected, Mnémosyne…